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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 13:00

 

 

 

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                                                   Photo : G. Jumarie 

 

 

Vijay Venkat, vichitra veena

 

 Cette année, dans la programmation du Festival d'automne, l'occasion était offerte d'assister à des concerts tenant d'un genre particulier : le salon de musique, baithak en hindi. Recréation de prestation de musiciens dans un cadre plus intime, avec un nombre limité d'auditeurs, sans amplification. Le projet, louable en soi, n'est pas sans susciter quelque interrogation : est-ce qu'il reflète la volonté des organisateurs de se rapprocher des concerts indiens tels qu'ils se déroulent là-bas, notamment en accordant une large plage à leur prestation - celle de Vijay Venkat durera trois heures ?

 

 En réalité, à la lecture des interviews des intervenants dans le beau programme établi pour l'occasion, il apparaît  que cette vision idyllique, respectueuse, est loin de refléter la réalité. En Inde, les salons de musique, tel que Satyajit Ray l'a montré dans son chef d'oeuvre (Le salon de musique) existent de moins en moins. Précisément parce que la musique classique indienne requiert de longs développements. Elle trouve de moins en moins de possibilité de s'exprimer dans les salles de concert aussi bien que dans les festivals - où bon nombre d'artistes remarquables doivent se succéder. En ces temps d'accélération et de mondialisation, c'est un peu de la liberté de l'expression artistique qui en prend un coup. Au fond, l'intention des organisateurs s'apparente plus à une démarche de préservation, tel qu'elle existe avec les sites entrant au patrimoine mondial de l'Unesco. Grand bien fasse à ce type d'initiative, peut-être involontaire dans sa réalisation.

 

 Qu'en est-il exactement sur scène, où l'on vient ce vendredi 1er octobre assister à la prestation de Vijay Venkat, présent pour la première fois en France, au Couvent des Récollets, à présent la Maison de l'architecture ? Si la musique indienne est au départ une musique sacrée (vouée à une louange aux Dieux), on a envie de penser que le choix du Couvent est lié à un désir de trouver une équivalence spirituelle propice à une atmosphère recueillie. Mise à part une disposition des chaises en arc de cercle dans la salle, cette reconstitution se distingue par la présence de coussins colorés typiques d'une culture orientale, disséminés devant la scène.

 

 C'est de là que la proximité avec les musiciens est la plus grande. Mas si l'on est aux avant-postes, pas question pour autant de s'affaler en allongeant ses jambes. Cela pourrait être assimilé à une décontraction coupable. Il faut dire que les salons de musique, tels qu'ils apparaissent dans le film de Ray, étaient réservés à une élite supposée à même d'apprécier les subtilités de la musique classique indienne. Ici, il convient de donner l'illusion de la concentration par une attitude noble. 

 

 Lorsque Vijay Venkat présente sa vichitra veena (voir photo), il se contente de dire que c'est un très vieil instrument. On retrouve par là la difficulté à situer historiquement l'apparition de bons nombres d'instruments en Inde. Lors d'une mémorable nuit consacrée aux ragas du Nord de l'Inde, revient le souvenir de Asad Ali Khan, grand joueur de rudra veena, présentant son instrument comme emblématique du Dieu Shiva. Quand la légende dépasse la réalité... Beaucoup de spectateurs étaient alors affalés sur des coussins, achevant leur nuit (ou la commençant), et il leur a été sommé, en hommage à ce dieu, de se lever pour prêter attention à la musique. Ils s'exécutèrent. Comment ne pas plier devant le poids de la légende... 

 

 Vijay Venkat, plus réaliste, et sans doute plus moderne, précise la difficulté de la vichitra, pratiquée par une poignée de musiciens. Instrument à cordes sans frettes (contrairement à la rudra veena), ses sonorités ne résonnent pas beaucoup, d'où un son cristallin, subtil, appelant une écoute d'autant plus attentive. Quand la main droite émet les notes, la main gauche module les sonorités grâce à une sorte de court baton. Vijay est accompagné par son père et guru, dont le rôle se résout à battre le tempo des mains, sa soeur sagement assise derrière lui, à la tempura (instrument qui sert de bourdon).

 

 La musique indienne est souvent une affaire de famille, devant l'importance de la transmission de l'enseignement.  A  la gauche de Vijay Senkat : le violoniste, qui soutient le jeu de la vichitra. Ses interventions doivent être suffisamment discrètes pour ne pas étouffer les sonorités cristallines de l'instrument du soliste. Avec ses airs de Fernandel, il ponctue assez régulièrement son jeu de sourires de contentement, souvent adressés à Vijay Venkat, ainsi que des balancements de tête caractéristiques. Expressivité assez rare chez les violonistes, qui s'en tiennent souvent à une intériorisation dans leur accompagnement. Il en est tout autre du joueur de mridangam, la percussion emblématique de la musique carnatique (sud de l'Inde). Bien que Vijay lui adresse régulièrement des regards complices, on peine à déceler le moindre sourire de sa part. Son expression physique la plus visible, en dehors de ses mains frappant le tambour, reste les mouvements de son pied gauche nu battant la mesure. 

 

 Au bout de deux heures de concert, Vijay invite les personnes qui le souhaitent à aller prendre un chaï (thé indien), pendant qu'il réaccorde son instrument. On apprendra plus tard, à la lecture de son interview, que durant ce concert de trois heures, on avait plus de latitude pour circuler entre la salle et le hall, où le thé était servi gratuitement. Pas sûr que le public, très concentré lors de ces concerts, aurait vraiment profité de cette liberté octroyée. C'est le paradoxe d'une forme de représentation en perte de vitesse dans son pays d'origine, et dont  les tentatives de reproduction entraînent une appréhension nouvelle.

 

 

 

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