Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 11:46
 
 
 
Whatever works
 
Film de Woody Allen
 
Avec Larry David, Evan Rachel Wood, Ed Begley Jr 
 
Que peut-on encore attendre d'un film de Woody Allen ? Particulièrement lorsque, après sa trilogie et son détour par l'Espagne (Vicky Cristina Barcelona), il pose à nouveau sa caméra à New York ? Devant l'apparente facilité avec laquelle il tourne un film par an, le retour à cette veine comique ne risque t-il pas de le cantonner dans un indéfinissable statut d'amuseur ? Précisément, avec "Whatever works", il tente de déplacer la puissance comique qu'il ne semble plus à même d'incarner - son personnage dans le mineur "Scoop" en est un révélateur. Il fait ainsi appel à l'acteur, réalisateur et animateur de show Larry David. Il délègue, en quelque sorte.
 
 A travers lui, il rajeunit son personnage comique pour lui insuffler une nouvelle énergie. Mais le misanthrope joué par Larry David laisse une drôle d'impression. Celle d'un personnage asphyxié par son déchaînement misanthropique. L'asphyxie, qu'on soit misanthrope ou pas, il faut nécessairement en sortir. A pester contre le monde entier, il y a le risque de se retrouver seul. C'est sans doute la raison pour laquelle, dès le début du film, Allen recourt à un procédé qui pourrait paraître surfait : l'adresse à la caméra. Boris Yellnikoff (Larry David) en appelle ainsi aux spectateurs pour en quelque sorte valider ses discours imprécateurs, sans quoi il donnerait l'impression de prêcher dans le désert. On en revient toujours à ouvrir l'espace vers l'autre pour éviter son propre étouffement.
 
 Dans son repli solitaire, Yellnikoff cherche du soutien afin de ne pas imploser. Lorsqu'il n'en trouve pas, sa manière tragique de faire éclater l'espace à la recherche d'une ultime respiration est tout simplement de se défenestrer. C'est la contradiction profonde de ce personnage enfermé dans ses certitudes. L'acteur Larry David renforce cette dualité entre un débordement verbal négatif sur le monde et un timbre vocal clair et doux. Il allie la dimension imprécatoire d'un sujet revenu de tout et la régression infantile, narcissique, d'un être en quête de reconnaissance. Perce, dans cette division des propos relatifs à l'actualité, comme la défense des noirs exploités. Toute misanthropie produit ainsi son lot d'humanisme.
 
 Avec l'irruption du personnage féminin, Mélanie (Evan Rachel Wood), on pourrait s'attendre, comme toute relation interhumaine le suppose, à une inflexion de la faconde haineuse de Yellnikoff. La jeunesse de la femme n'est au contraire là que pour signifier son irréductibilité à toute influence, rendant totalement improbable leur mariage. La présence de Mélanie fonctionne comme l'envers de la première épouse de Yellnikoff, une "tête" qui rivalisait avec lui sur le plan intellectuel. Cette incohérence de la relation contient une dimension quasi expérimentale : Mélanie n'est jetée en pâture à cet imprécateur non pour qu'elle le transforme, mais  au contraire pour être infectée par ses tares. Sa jeunesse, qui inscrit sa personnalité sur le champ de l'inaccompli, la rend malléable au point d'absorber les tics de Yellnikoff.
 
 Cette inexpérience rend par ailleurs surprenante la prestation de l'actrice Evan Rachel Wood, à priori fade, apparemment assez éloignée des prestations éclatantes de bons nombres de comédiennes dans les films d'Allen. Elle fonctionne un peu comme une coquille vide, réduite à des postures emphatiques, inappropriées - par sa voix, ses inflexions - que Yellnikoff se chargerait de modeler. De fait, il ne s'agit pas qu'elle le change mais plutôt que, par son inexpérience, elle absorbe les comportements de Yellnikoff. Il faut la voir en compagnie de son nouveau et bel amant débiter de manière mécanique quelques réflexions dignes de son mari, mais auxquelles on a précisément du mal à croire.
 
 Le film, dans cette visibilité du déplacement des traits de caractère d'un personnage à l'autre,  évoque "Anything else, la vie et tout le reste", où le personnage joué par Christina Ricci - jeune actrice - accumulaient les névroses, frustrations, phobies habituellement présentes dans les rôles incarnés par Woody Allen. Il est d'ailleurs présent dans ce film-là comme passeur de ses tares.
 
 C'est d'ailleurs l'exploitation de cette notion de passage - d'un corps à un autre, de propriétés psychologiques à d'autres -  qui restitue  au film sa force purement comique, burlesque. Avec l'arrivée de la mère de Mélanie, puis de son père, une joyeuse anarchie s'installe, précisément liée à la manière dont l'un et l'autre dévient sur le plan sexuel. Souffle assez nouveau chez Woody Allen où les improbables transformations apportent une salutaire déviation.
 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche