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 Le lendemain matin, samedi, en me rendant à pied à la gare des bus, je suis assez frappé en ne voyant quasiment que des hommes dans les rues. N'y aurait-il que les hommes qui vont travailler dans cet endroit ? Il fait relativement froid et, un peu plus tard, quand enfin je vois quelques figures féminines, je constate que, dans cette ville, elles sont plusieurs à porter des saris en laine, frappants par leur épaisseur. C'est la première fois que j'en vois. Ça perd en éclat, en fantaisie colorée, mais gagne sans doute en efficacité contre le froid.

 

 M'y voilà enfin, dans ce temple pluri-centenaire entièrement dédié aux rats. Deshnoke. Belle façade extérieure ; je prends le temps de faire quelques clichés avant de pénétrer à l'intérieur. Comme d'habitude, il convient de se déchausser avant d'entrer dans un temple en Inde. Ici, ça prend évidemment un sens particulier. On ne manque pas de me le rappeler. Bon ! une fois à l'intérieur, je dois avouer que je suis très moyennement impressionné par ces bestioles qui vont et viennent comme de simples animaux domestiques. Les rats sont d'ailleurs beaucoup moins nombreux que j'imaginais. Par acquis de conscience, j'en prends quand même quelques uns en photo. Après tout, ce sont des vedettes. J'en vois certains qui forment comme une ronde autour d'un bac de lait et lapent silencieusement. Comme c'est mignon, cette ronde bizarre. On dirait "Le sacre du printemps" versant animal rampant. Il arrive un moment où je sursaute lorsqu'une de ces charmantes bestioles vient me renifler le doigt de pied du bout de son nez fureteur.

 

20                                    Balcon de haveli 

 

 Je remarque également que les personnes les plus rétives à enlever leurs chaussures sont des touristes indiens. A leurs vêtements, j'imagine qu'ils appartiennent à une classe moyenne et qu'ils sont déconnectés du respect de leur culture traditionnelle. Moi qui n'envisage cette culture qu'avec une distance esthétique, je me sens pour une fois plus proche de ce respect. J'aurais presque envie de faire des reproches ces indiens iconoclastes. Retenons-nous ! Retenons-nous !.. Après m'être fait prendre en photo devant un cercle de rats dégustant attentivement leur petit lait du matin. Rare ; très rare que je confie mon appareil à un autochtone dans le but d'être immortalisé devant une scène pittoresque. Je vais m'asseoir non loin d'un couple d'indiens, sur des marches où manifestement les rats ne circulent pas vraiment. Le responsable du temple m'aborde pour me donner des détails sur son histoire. Il m'apprend qu'il existe un rat blanc censé porter chance à qui le voit.

 

21                                    Balcon de haveli  

 

 C'est la raison principale qui conduit les indiens à venir, malgré la crainte avérée de certains. On voit d'ailleurs une préparation devant une ouverture par laquelle la petite bête sort, parait-il, pour exhiber sa singulière blancheur. Pour ma part, je ne l'attendrai pas. Bientôt, c'est à l'homme assis avec sa femme de me poser des questions sur mes origines. Toujours la même réponse ; toujours le même sourcillement intrigué. Comme je ne cherche pas plus que ça à les convaincre, désormais je rajoute "west indies", et les nuages d'incompréhension s'effilochent aussitôt. Je finis moi aussi par poser des questions sur l'état indien dont ils sont originaires, car ils ne ressemblent pas à des natifs du Rajasthan. C'est sans doute une des premières fois que je converse avec un couple, dont la femme est par ailleurs très belle. Mes yeux sont également très attirés par la série d'anneaux couvrant une bonne partie de ses avant-bras. Je suis très satisfait d'entendre de sa bouche au merveilleux sourire que ce sont uniquement les femmes mariées qui les portent - alors, tout coup, j'ai l'impression d'en savoir un bout sur toutes ces femmes que j'ai croisées qui en portaient, souvent différents -, qu'elles peuvent les garder toute leur vie, si elles le veulent. Tout ému d'apprendre une telle chose, je demande au mari - mais pourquoi pas directement à elle? Je dois penser que ma demande frise le tabou - si je peux prendre ces anneaux en photo. Ils acceptent volontiers. En fait, lui comme elle ont plutôt l'air fiers que je puisse m'intéresser à un aspect de leur rite. Quand je demande à la femme de lever les bras pour que son visage apparaisse aussi dans le cadre, elle obtempère, me gratifiant d'un de ses sourires qui me rend, moi, fier de prendre ce cliché. Et comme à ce moment, la notion de mariage me parait complètement aléatoire, abstraite, je prends soin d'écarter totalement le mari de la photo.

 Après quelques remerciements, je repars Bikaner.

 

22                                    Vue du toit d'un restaurant 

 

 Dans l'après-midi, je consacre quelques heures à la découverte de certains lieux dignes d'intérêt comme un palais où, au fur et à mesure des galeries, je découvre des miniatures persanes exquises. Je tente de faire un saut dans la vieille ville, histoire de me rassurer sur le fait que je ne traîne pas trop ici. Ce que je vois me séduit : des ruelles étroites bordées par d'anciennes bâtisses, certes mal entretenues, mais leur vétusté même, alliée à une dimension crépusculaire liée à la nuit tombante, leur confère un attrait réel. J'ai l'impression de traverser une ville fantôme, suivi par un jeune garçon qui semble se demander où je peux bien me rendre.

 

 

23                Vue du toit d'un restaurant 

 

 Ce soir, je ne dînerai pas dans mon hôtel. Pas envie de goûter au même type de déception que la veille. Aussi, je choisis un restaurant dont parle mon guide, complètement excentré (plus que je ne croyais, en tout cas), qui me permette de limiter les déceptions. Celui-ci ne paie pas de mine, avec sa clientèle middle-class. Je suis tellement peu habitué à pénétrer dans ce genre de restaurant en Inde que je pourrais être presque complexé d'y porter des tennis. Il y a de vraies serviettes, une sorte de luxe par ici. La nourriture est véritablement à la hauteur et, au bout du compte, en sortant de ce restaurant quasi-chic, je m'en tire avec une addition à peine plus élevé que si j'étais allé chez un traiteur chinois Paris.

 

(...)

 

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