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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 17:59

 Explorant une dimension fantastique, en plongeant ses personnages dans une fiction où la réalité se dérobe, le metteur en scène japonais Tomohiro Maekawa mêle approche savante et bouffées absurdes.

 

 

 

À la marge

 

Texte et mise en scène de Tomohiro Maekawa

 

Avec Junpei Yasui, Nobue Iketani, Shinya Hamada, Ryuji Mori, Soh Morishita, Sho Yakumaru, Ellie Toyota, Midori Shimizu, Ryohei Maki

 

 

 Après « Et pourtant, j'aimerais bien te comprendre... » de l'autrice féministe Yuri Yamada, présentée à la MCJP, vient le tour de Tomohiro Maekawa, auteur de « À la marge » dont la thématique pourrait, à l'inverse, tourner autour de ce questionnement : « Comment faire face à ce que nous ne comprenons pas ? ». Si la question de la compréhension peut légitimement être une préoccupation du public face à une telle œuvre – tant elle explore des strates narratives multiples -, Maekawa axe sa pièce sur la valorisation d'une forme d'impensé, fruit de son parcours (études de philosophie, fascination pour le bouddhisme), qui l'amène à mettre sur le même plan sens et non-sens (renvoyant à une forme de « théâtre de l'absurde »), réalité et imaginaire, densité fictionnelle et élans de bouffonnerie. Une exploration dense, où l'onirisme s'appuie sur une profusion de dialogues, rendant difficile la saisie la suture entre réel et imaginaire.

 

 Tout part dans « À la marge » d'une rencontre improbable dans un café entre deux anciens amis (joués avec intensité par Junpei Yasui et Nobue Iketani). En partant de la fonction réaliste d'un lieu propice à la rencontre et à la familiarité, Maekawa introduit d'imperceptibles glissements, inaugurés par l'entrée progressive des comédien.ne.s, allant tour à tour s'installer sur des chaises, dans une allure navigant entre public statufié et postures fantomatiques se levant d'un seul tenant pour s'approcher de Teradomari. À mesure que la pièce avance, Maekawa va arracher ses personnages à leur position décorative pour les faire incarner celles et ceux dont parlent les deux protagonistes principaux : frère, mère, mais pour mieux les baigner dans un bain d'irréalité et d'indistinction, la mère atteinte d'un cancer étant incarnée par une toute jeune comédienne.

 

 Pièce en constante transformation, portée par des épisodes loufoques, « À la marge » est tissé par des moments de glissements marquant la fascination de Maekawa pour l'absurde. Son affranchissement de la vraisemblance va jusqu'à faire dire à un personnage cette phrase « C'est beau. Comme une rencontre du hasard », évocatrice d'un slogan tout droit sorti du répertoire surréaliste, arraché à Lautréamont : « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie! ». Cette phrase, prononcée par Teradomari, marque un basculement dans la pièce, lorsque celui-ci remet en cause la nécessité de livrer ses colis. S'ensuit une tirade désopilante sur la beauté de l'aléatoire, démarche revendiquée par Maekawa face aux actes par trop formatés.

 

 « À la marge » réussit à imprimer une humanité touchante à ses personnages, notamment vers la fin, en se concentrant sur Teramadori et sa femme, dont il soupçonnait qu'elle le trompait. Ces doutes ouvrent sur un questionnement assez fort relatif à la mémoire, quand Maekawa se rend compte petit à petit, qu'il n'avait pas assez regardé sa femme. Cette prise de conscience ouvre sur un abîme existentiel, renvoyant l'homme à un trouble confinant à une métaphysique de la rencontre. C'est là, dans cette vibration de l'individu, pris entre tentative d'exister et sentiment d'être cerné par le vide (néant) que la pièce de Tomohiro Maekawa se révèle vraiment troublante.

 

À la Maison de la culture du Japon, du 22 au 26 novembre

 

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