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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 21:06

 

    Photo © Christophe Raynaud de Lage

 

 

Antoine m'a vendu son destin/Sony chez les chiens

 

De Sony Labou Tansi et Dieudonné Niangouna

 

Mise en scène de Dieudonné Niangouna

 

Avec Diarétou Keita et Dieudonné Niangouna

 

 

 

De la figure de l'écrivain congolais Sony Labou Tansi, Dieudonné Niangouna semble ne pas pouvoir s'écarter. Inspiration majeure pour lui, jeté dans la sphère de l'écriture par la puissance d'attraction de son écriture, Niangouna tourne encore et toujours autour de l'univers de celui qui, dans son univers, n'a pas arrêté de fustiger les puissants. Niangouna s'est magistralement fait l'écho de ces personnages de dictature dans son rôle de "Machin la Hernie".

 

Le compagnonnage est tel que ce spectacle est articulé autour de non pas deux mais trois textes emmêlés : il y a aussi "Antoine chez les chiens", non mentionné dans le titre. Une omission qu'on croit volontaire, tant, pour le spectateur, distinguer le texte de Labou Tansi avec celui de Niangouna est loin d'être évident. Ce maillage, loin de définir une absorption par Niangouna du texte de Labou Tansi, témoigne de sa volonté de dialogue en jetant les mots les uns contre les autres, tout comme le metteur en scène est traversé par différents rôles.

 

Il y a pour le spectateur de quoi s'y perdre, d'autant plus qu'en compagnie de Diarétou Keita, la parole théâtrale s'affirme ici dans un registre vociférateur. Ils sont deux, mais il y n'a pas de dialogue à proprement parler, plutôt des successions de flux verbaux d'une tension rare. Diaretou Keita, dans ce domaine, porte sa voix à des hauteurs étonnantes, comme s'il fallait amener le mot à un degré de matérialité physique visant à lui insuffler une nouvelle énergie, une capacité d'évocation renouvellée, en forme d'exutoire.

 

De ce maelstrom vocal prenant parfois l'allure de discours oratoire lorgnant vers les contrées de conteurs africains, les mots de Sony Labou Tansi arrivent à percer, renforçant sa portée politique, sa puissance de résistance. Car cette parole poétique, au lieu de s'enfermer dans un discours de conviction, puise son énergie dans la trivialité la plus scatologique, aux accents dignes d'un Antonin Artaud : les mots "chier" et "merde" y sont largement usités. Il s'agit de puiser dans les tréfonds de l'être la matière la plus abrasive.

 

Tout cela pourrait être complètement déstabilisant si "Antoine m'a vendu son destin/Sony chez les chiens" n'était pas inscrit dans un dispositif théâtral inventif, en forme d'arène à l'ancienne, favorisant la portée du discours oratoire : gradins positionnés aux quatre coins de la salle totalement transformée, au centre de laquelle, au départ, trône une structure servant parfois de sas ; à envisager également comme une coulisse où les comédiens se changent et se maquillent. Des feuilles y sont disposées de part et d'autres, dont certaines seront distribuées à quelques spectateurs par Diaretou Keita. Don silencieux, sans signification.

 

A la fin, la structure sera démantelée et les objets répartis sur le sol. Niangouna, de plus en plus, prouve sa capacité, en plus de la force de ses monologues, à mette en place soit un spectacle épique avec un grand nombre de comédiens (Nkenguegi), soit, toujours sur fond d'horizon politique, à inscrire une parole dans un écrin scénique dynamique. Cet hommage à Sony Labou Tansi prouve encore cette inexorable avancée.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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