Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 23:04

 

 

 

Après le grand tsunami

 

Documentaire de Shûchi Morimoto

 

 

 À la lecture du synopsis de "Après le grand tsunami", on aurait pu s’attendre à une prouesse formelle, liée à un usage soutenu du travelling. À travers un périple le conduisant de Sendai à Ishinomaki, en passant par Higashimatsushima, le documentariste Shûchi Morimoto utilise en effet cette technique cinématographique pour filmer le désastre faisant suite au tremblement de terre suivi du tsunami de mars 2011. Le moindre qu’on puisse dire, c’est que cette esthétique visuelle apporte un éclairage ô combien différent des innombrables images de la catastrophe vues depuis.

 

La caméra de Morimoto, en captant au plus près les ruines, en balayant les monceaux de débris d’une ville à l’autre, fait littéralement office d’œil, auquel le spectateur peut s’identifier pour constater les dégâts. Non, il ne s’agit pas d’épate formelle, mais bien d'un témoignage attentif, minutieux, objectif, rendant compte d’une réalité dans sa forme la plus immédiate. Pas de montage, juste une manière de révéler l’essence d’une réalité, comme cela avait pu être le credo du néo-réalisme. Référence cinématographique oblige, cette manière de saisir une matière réelle à partir d’une voiture rappelle les longues séquences de certains films de Abbas Kiarostami, mais pour un tout autre projet.

 

Car Morimoto ne se contente pas de rester à distance avec sa caméra. Sa démarche ne consiste pas simplement à montrer l’enveloppe monstrueuse d’un univers dévasté ("la robe sans couture du réel", dirait André Bazin), mais à aller au plus près des gens, principalement les parents de victimes du tsunami, s’impliquant personnellement en les questionnant.

 

Et c’est là qu'à côté de l’émotion forte qu’ils peuvent susciter, ces témoignages étonnent. On a pu louer ça et là, pendant et après la catastrophe, la dignité avec laquelle les japonais faisaient face aux épreuves. Mais ce que montre Morimoto va au-delà de cette impression globale, puisqu’il va interroger les parents de victimes au cœur fumant des lieux affectés par le tsunami. Et si on reconnaît une sorte de réserve pudique quant à la manière de narrer telle ou telle disparition, ce sont, chez bon nombre de ces témoins, les sourires qui frappent. Sourires qui ne manqueront pas d’en surprendre plus d’un.

 

En cela, ces sourires vont à l’exact opposé des océans de pleurs déversés à la disparition du dictateur coréen Kim Jong-il. Pourtant, aussi surprenants que soient ces pleurs ou ces sourires, ils renvoient à une identité profondément asiatique : posture réglementée, d’une part ; culture de l’intériorisation laissant percer autre chose que la douleur, de l’autre. Il y a ce père, notamment qui, parlant de la disparition de son bébé de trois mois, met l’accent sur la difficulté qu’aura son enfant de trois ans à prendre la mesure de cet évènement avant l’âge de cinq ans. Lucidité de l’analyse qui ne masque pas une certaine forme de déni ou de mise à distance, puisque, nous spectateurs, avons l’impression que lui-même ne se rend pas compte qu’il a perdu un nourrisson. Car là où nous attendons des pleurs à l’évocation de la disparue, il y a plutôt des sourires.

 

On pourrait envisager ces sourires comme des mutations résultant des obligations de réserve auxquelles le peuple japonais – et par là, bien d’autres d’Asie, comme le Cambodge – se livre pour atténuer la douleur. À tel point qu’ils en deviennent une crispation faciale naturelle. Sourire face au désespoir. Sourire porteur d’espoir.


Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche