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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 16:00

 

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 Le petit chaperon rouge

 

d'après le conte populaire

 

Écrit et mis en scène par Joël Pommerat

 

Avec Ludovic Molière, Isabelle Rivoal, Valérie Vinci

 

 

 Avec la reprise de ce spectacle créé en 2004, Joël Pommerat inaugure sa collaboration comme artiste associé au théâtre de l'Odéon.  Pour cet auteur phare de la mise en scène contemporaine, habitué des univers oniriques tout autant que des interrogations sociales, adapter un conte aussi fameux est un vrai défi. Fameux, mais tellement inscrit dans nos fibres imaginaires, au point que chacun peut y sentir vibrer sa mythologie personnelle. La gageure tient aussi par la durée du spectacle (45mn), comme si le caractère cursif servait à révéler l'essence du conte. 

 

 De fait, avec « Le petit chaperon rouge », Joël Pommerat concentre, dans une approche synthétique, les positions diverses, celles, qu’en tant que récepteur du conte, tout individu intégrait inconsciemment : la position du locuteur – qui détient le pouvoir de raconter et de tenir en haleine un enfant – et celle de celui qui écoute, se laissant entraîner par le flux du récit. Le fait de voir sur scène un comédien à l’avant-scène, de sa voix claire et puissante, happer l’attention du spectateur, en dit long sur l’intention générique.

 

 Mais elle renvoie aussi à une sorte de désacralisation, car on a surtout l’impression, pour les connaisseurs de l’univers de Pommerat, d’assister à une position de plus en plus affirmée dans son théâtre depuis son invitation aux Bouffes du Nord : celle d’un narrateur, dans une position démiurgique, qui organise le récit et oriente le spectateur où il veut, qui plus est en s'inscrivant comme personnage dans le déroulé de l'histoire. Posture présente dans « Je tremble (1et 2) », et de plus en plus affirmée dans « Cercles/fictions ». En bref, dans l’appropriation du conte, on perçoit ce que Pommerat injecte de ses propres obsessions, au point de s’interroger sur la pente vers laquelle il va l’emmener.

 

 Si le spectacle s'adresse aux enfants - très présents dans la salle -, il peut être déroutant au départ de voir la petite fille interprétée par l'une des comédiennes adultes de la troupe. Mais le fait que la parole soit au départ uniquement prise en charge par le narrateur ajoute à un décrochage qui renvoie au cinéma muet. On a l'impression d'être placé face à cette position où des bonimenteurs à l'avant-scène commentaient les actions se déroulant à l'écran.

 

 Tout l'intérêt de la pièce repose précisément sur la manière dont le son envahit notre espace mental à mesure que les corps se dérobent. C'est ainsi que la figure du loup, de surgir d'un fond de scène obscur ou caché sous une bâche, prend une ampleur horrifique par l'amplification de la voix. La frayeur qui en découle est d'autant plus forte, le dépouillement visuel participant d'un renouvellement de notre imaginaire.

   

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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