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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 22:16

 

 

 

 

 

 

 

Jellyfish (2002)

 

Film de Kiyoshi Kurozawa

 

Avec Jô Odagiri, Tadanobu Asano, Tatsuya Fuji

 

 

 Il faut prendre son temps pour savoir par quel bout aborder "Jellyfish", de Kiyoshi Kurozawa. Dépasser cet aspect généralement chloroformé, se laisser glisser sur une pente narrative réduite, distendue, pour être amené vers des rivages poétiques. La méduse qui donne son titre au film, en est la métaphore visuelle : une masse informe qui se gorge d’eau pour se montrer tour à tour menaçante ou fascinante, conjuguant attention et peur.

 

 Le récit adopte ces modalités : informel, pure dérive narrative, tel un liquide qui emprunterait plusieurs chemins, avant de se stabiliser vers une unique direction. C’est la démarche que le film de Kurozawa réclame au spectateur : ne pas s’enfermer dans une attente particulière relative à son univers. Là où on attend du fantastique, c’est du féerique qui surgit ; là où une intrigue policière affleure, suite à un meurtre, c’est un drame familial épuré qui s’impose.

 

 Ce n’est pas à travers le comportement de Yuji que le film peut s’embarquer dans des strates narratives vertigineuses, imprimer une dynamique particulière. Personnage assez opaque, à la mollesse patente, à qui sa sœur tente d’impulser quelque mouvement ; enfermé dans une attitude irréfléchie, molle, sa manière de plonger sa main dans l’aquarium où flotte la méduse, au mépris des avertissements de Mamoru, dit à quel point il est mû par des réflexes conditionnés. Comme un enfant qui ne sait pas mesurer le danger.

 

 "Jellyfish" vaut principalement comme film de transmission, où les relations de Yuji avec Mamoru, dessinent très vite des contours particuliers. Mamoru apparaît ainsi comme un grand frère pour le jeune homme décalé, et les mises en garde contre son insouciance sont autant d'attentions portées à un enfant. Kurozawa, au lieu de figurer directement des liens filiaux - en confrontant Mamoru avec son père, par exemple - les distribue autrement, en insufflant précisément à Yuji un rôle de passeur entre Mamoru mort et son père Shinichiro.

 

 Une scène dans "Jellyfish" entre le père et son jeune fils lui demandant une somme exorbitante sera quasiment dupliquée dans "Rétribution", daté de 2007. C'est dire l'attention particulière que Kurozawa porte à ces relations. Les relations qui s'installent, les rapports de domination (comme dans la famille du patron), tissent un réseau complexe fondé sur les inversions. Cela explose avec les liens forts qui unissent Shinichiro, le père de Mamoru, avec Yuji. En reprenant l'obsession de Mamoru pour la méduse (l'habituer à l'eau douce pour la rendre à la mer), Yuji fait littéralement entrer Shinichiro dans son délire, au point de l'entraîner sur une pente dangereuse.

 

 Kiyoshi Kurozawa filme la trajectoire de Yuji comme un trip halluciné, étouffant. Si sa caméra numérique se tient au plus près des corps, elle révèle Tokyo sous un angle parfois surprenant, loin de la vision d'une mégalopole. Yuji, vit dans une cabane, tel un SDF, et son logis contraste avec les grands immeubles vus alentour. Un Tokyo secret, intime par les interstices dans lesquels on se faufile, propice à y faire surgir du merveilleux, comme ce fleuve envahi de méduses, scintillantes comme des lanternes.


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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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