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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 12:51
 
 
 
Le chemin solitaire
 
Pièce d'Arthur Schnitzler
 
Mise en scène de tg STAN
 
 "Acte 4 : Nico Sturm Stefan von Sala et plus tard Felix, Frank Vercruyssen Stefan von Sala quand Nico Sturm n'est pas Stefan von Sala, Jolente De Keersmaeker Johanna quand Natali Broods, qui plus tard est aussi Irène Herms, n'est pas Johanna, Damiaan De Schrijver Julian Fichtner."
 
 Cette distribution pour le moins originale, présentée dans le programme du festival d'automne cette année,  donne d'emblée la teneur du spectacle de tg STAN adaptée de la pièce de Arthur Schnitzler. Découvrir cette troupe régulièrement invitée au théâtre de la Bastille se révèle aussi troublante qu'excitante. Celui-ci suffit amplement pour se plonger dans la démarche esthétique de la troupe flamande, axée notamment sur le croisement avec d'autres disciplines artistiques. Arrivés dans la salle, en voyant les comédiens déjà présents sur scène, qui dans une posture immobile, qui en train de faire quelques étirements, nous sommes immergés dans un espace qui ressortit moins au théâtre qu'à la danse.
 
 Avec les objets disposés sur le plateau (grille-pain, théière en action, poubelle), c'est à l'installation d'art contemporain auquel on pense. A la différence que ces objets seront pour la plupart utilisés par les comédiens : odeur du pain grillé se répandant dans la salle, bruit d'eau qui bout pour la préparation du thé allant jusqu'à chatouiller nos oreilles. Dans ce basculement de l'objet d'un statut artistique à une fonction dramatique,  le plus drôle dans la pièce reste cet appareil dans lequel, au départ, l'un des comédiens enfonce sa tête pour, plus tard s'en servir pour réduire en miette des morceaux de bois.  Un vacarme assourdissant se produit, obligeant les comédiens à hurler pour être entendus. Dans le texte de Schnitzler, c'est du papier qu'on est censé déchiqueter.
 Le tg STAN, troupe fêtant leur vingtième anniversaire au Festival d'automne cette année, œuvre sans metteur en scène. C'est tout le prix de cette mise en scène, où le risque comme la surprise créés tiennent par exemple à la manière dont les comédiens entrent sur scène, ceux qui ne jouent pas restant sur les bords du plateau, poursuivant leur attitude particulière (immobilité, étirements, station dans une poubelle, changements d'habits). Cette posture éminemment chorégraphique rappelle par ailleurs l'impressionnant spectacle d'une autre flamande, Anne Teresa de Keersmaeker. Dans "In real time", présenté au Théâtre de la Ville en 2000, pendant trois heures, elle mêlait comédiens et danseurs de sa troupe Rosas dans une proposition tournant essentiellement autour de l'improvisation. Les danseurs entraient peu à peu sur scène  pour exécuter leur prestation après être restés sur les côtés. Il se trouve que les comédiens en question étaient précisément ceux de tg STAN. Pour l'anecdote, Jolente de Keersmaeker, de tg STAN, est la soeur d'Anne Teresa.
 Mais le plus fort dans "Le chemin solitaire", dont la distribution ci-dessus donne un aperçu, reste sans doute la manière dont les comédiens, dans une seule scène, créent des permutations en incarnant tour à tour le même personnage, produisant à coup sûr des perturbations, des incertitudes quant à l'incarnation d'un rôle. Il y a jusqu'au moment où un comédien adopte les mouvements physiques de celui qui vient en quelque sorte de lui céder son rôle.  Labilité interprétative risquée certes, par l'incertitude qu'elle provoque, mais qui ne nuit en rien à la force de la pièce de Schnitzler, qui tourne autour des thèmes de l'abandon, de la filiation, d'amour resté dans l'ombre. Des sujets ô combien contemporains.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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