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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 23:16

 

 

Photo : AUJOURD'HUI EN SALLES !</p><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />
<p>Trouver une séance : http://www.allocine.fr/seance/film-178063/

 

 

A la merveille

 

Film de Terrence Malick

 

Avec Olga Kurylenko, Ben Affleck, Rachel Mc Adams, Javier Bardem

 

 

 On pourrait partir du titre d'un grand quotidien, ironique, pour entrer dans le dernier film de Terrence Malick : "A la merveille : Terrence Malick tombe de son arbre". Y entrer, c'est-à-dire d'une manière un peu dérobée, indirecte, transversale, car si le film est unanimement si mal reçu, ce n'est que pensé à l'aune du triomphe critique relatif de "The tree of life", auquel renvoie le titre d'article cité plus haut.

 

 Au pire, on envisagerait donc "A la merveille" comme un film réalisé dans la prolongation de "The tree of life", fait de chutes de pellicule de celui-ci, et servi dans une fièvre débridée, irréfléchie. Au mieux, on pourrait tisser, d'un film à l'autre, ce qui relève d'une nouvelle mouture esthétique chez Malick, dont manifestement on n'a pas encore vraiment pris la mesure.

 

 Malick tombé d'un arbre, donc. Et si c'était tout simplement ce qu'il avait de mieux à faire, vu les hautes sphères atteintes dans "The tree of life", et dont on peut comprendre que tout humain désireux de respirer normalement, se doit d'abandonner ? A vrai dire, Malick ne tombe pas d'un arbre, pas plus que ses personnages. Le Mont-Saint-Michel, où le couple Affleck-Kurylenko vit leur passion, cristallise, par sa beauté, son écrin spirituel, son érection, ce passage entre le ciel et la terre. Le sentiment d'élévation qu'il représente ne se sépare pas, d'emblée, dans le film, de cette relation à la terre, dont Malick rend compte immédiatement.

 

 C'est ainsi qu'il filme ses acteurs batifolant dans la baie, dans le sable quasi mouvant, avec cette impression de corps flottant sur une terre meuble, dans laquelle ils pourraient s'enfoncer, mais qui donnent in fine une sensation de légèreté. Ces adultes, dans leur rapport aux éléments, sont littéralement filmés dans l'innocence de la découverte d'un lieu. Le mouvement, dans ce film, de ne plus être ascensionnel, réanime les conditions de l'enfance - on verra d'ailleurs souvent Marina évoluer pieds nus.

 

 Dans cette façon de filmer à hauteur d'enfant, on ne fait parfois pas la différence entre le comportement de Marina et celui de sa fille, Tatiana : l'émerveillement de Tatiana dans les couloirs du supermarché trouve son répondant dans le ballet avec balai de Marina dans le même espace, qu'elle parcourt à un autre moment en dansant.

 

 Tomber sur terre équivaut pour Malick à faire éprouver à ses personnages les sensations les plus immédiates, les plus élémentaires, comme caresser une fleur, la sentir. En cela, "A la merveille" est un film où règne le primat des sens, marqué par la conduite de Marina prise d'ivresse. Si ici, le "paradis perdu", c'est le Mont-Saint-Michel, (symbole inaugural d'exaltation du corps dansant de Marina qui va par la suite irriguer tout le film), la "descente" - au sens de perte du privilège de l'élévation (spirituel, extatique, amoureux) - est restituée par ces inlassables sautillements dansés de la femme, objet de moqueries de la part de certaines critiques.

 

 Disons le tout net, en une paraphrase d'André Bazin sur le cinéma de Bresson ("Si ce langage n'est pas celui des lèvres, il est forcément celui de l’âme") : le reflux de paroles des personnages dans le champ, équivaut à une exaltation du corps : et c'est celui de Marina qui devient le garant permanent de ce relais, de cette reprise en charge de la pulsation corporelle par rapport au déficit du langage. A cet égard, si la voix off peut agacer, c'est d'une part d'être complètement détachée d'une bouche qui en validerait la prégnance matérielle, existentielle ; tout comme ces phrases courtes, naïves, en français, ressemblent parfois à une mauvaise traduction de l'anglais vers le français. En tout cas, la langue s'est vidée de sa source d'émission pour mieux laisser le corps à son expansion animale, à sa spontanéité.

 

 Evidemment, on ne peut pas en dire autant du corps de Ben Affleck, encore plus alourdi par le mutisme du personnage de Neil. Mais on peut tisser un lien indéfectible entre un corps pataud et un autre pris d'une vie exaltée : pour que l'un prenne son élan, il faut aussi que l'autre, par son retrait, puisse lui en donner l'envie, de manière inconsciente. C'est la tension de deux corps antinomiques qui, pris dans une proximité inégale, déclenche les plus incontrôlables sauts de l'un. Le corps de Marina supplée à cet écart des dynamiques, rattrape par sa perpétuelle exaltation le sentiment d'une perte.

 

 Il y a quelque chose qui relève du derviche tourneur dans les incessants mouvements giratoires de Marina (et, en effet, elle bouge) : bras ouverts, comme pour accueillir une force spirituelle venue d'en haut, pour s'en faire la dépositaire sur la terre ferme. Elle a à charge de disséminer ici-bas cette pulsation qui l'habite et la déborde. Elan mystique, qui trouve son mode d'expression privilégié dans la représentation de la nature, dont Malick est devenu l'un des plus grands filmeurs. Il ne s'agit pas de faire de la belle image publicitaire, loin de là. Cette abondance des séquences sur la nature (champs qu'on parcourt pieds nus, couchers de soleil, jusqu'à la magnifique scène avec les buffles), révèlent l'imbrication du spirituel dans la nature, la manière dont l'un trouve son champ d'expansion dans l'autre.

 

 Ce rapport intime évoque, toute proportion gardée, aussi bien le cinéma d'Andrei Tarkovski (il suffit de penser ne serait-ce qu'à l'ouverture du "Miroir"), que celui du Sokourov des portraits ("Maria", par exemple), où les éléments revêtent une importance considérable, car l'intériorité des personnages, leur foi, s'y adossent. Un cinéma foncièrement européen qui, en nimbant les êtres d'un horizon qui les déborde, et dans lequel ils trouvent leur possibilité de dépassement, les rend particulièrement lumineux. Tout cela servi dans le style magistral de Malick, tout en enroulements et en travellings bondissants. Un tourbillon de mouvements qui ne laissent le regard jamais en paix, mais qui est la condition essentielle permettant au cinéaste de partir en quête du mystère des lieux et des êtres.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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