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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 17:43

 

 

 

 

 

Straight white men
 

Spectacle de Young Jean Lee

 

Avec Scott Shepherd, Pete Simpson, Austin Pendleton, James Stanley

 

 

Il faut reconnaître à Young Jean Lee, metteuse en scène d’origine coréenne, le souci de ne pas s’enfermer dans un style, elle, dont l’un des moteurs de son travail porte sur le renversement des codes de représentation, la critique des valeurs établies. "Untitled feminist show", sa précédente pièce présentée au Festival d’Automne, en était l’affirmation radicale : des femmes, sur le mode des cabarets burlesques, dansaient nues, leurs corps échappant aux canons esthétiques. Si l’entreprise, généreuse, se révélait forte, la danse proprement dite, n’était pas révolutionnaire.

 Avec "Straight white men", nouveau renversement : cette fois-ci, il n’y a que des hommes sur la scène : un père et ses trois fils. Et le salon que le spectateur peut contempler à loisir avant le début du spectacle (avec une musique assourdissante comme accompagnement), loin d’engager la pièce sur des rails subversifs, installe une atmosphère paisible. Manière de signifier que ce qui va se jouer dans ce salon de classe moyenne, où tout semble à sa place (stable, confortable, rassurante), pourrait avoir l’effet d’une bombe.

 De par les discrètes notations données par les personnages, on pourrait facilement s’imaginer dans le Sud des Etats-Unis, où la visite à un seul voisin suffit à se convaincre de l’existence d’un racisme larvé. Le thème des noirs, par ailleurs, transparaît beaucoup dans cette pièce, à travers la question de la possibilité de s’élever socialement. C’est elle qui imprime à "Straight white men" sa tension, à partir du moment où, ce soir de Noël, l’un des fils s’effondre en larmes.

Jusqu’alors, la pièce, très dialoguée, donnait l’impression de n’être habitée par aucun mystère, le sens étant inévitablement délivré par l’abondance des échanges, accentué par l’aspect quasi grotesque des situations : le début avec l’un des frères jouant avec sa console vidéo, le père remplissant les "chaussettes" de ses fils. on pourrait par là s’attendre à ce que la pièce, portée par de bons comédiens, déverrouille un peu ses incessants dialogues. Si on assiste encore à quelques scènes bouffonnes (les quatre hommes se mettent en pyjama, les frères dansant sur du hip-hop), "Straight white men" ne sort pas de cette tendance inhérente à ce style de pièce, c’est-à-dire vouloir accéder à une vérité.

 La pièce prend ainsi un tour vraiment édifiant qui amène le père et deux de ses fils à accabler le troisième pour l‘inciter à prendre son destin en main. Ce dernier mouvement, où se noue une parole moralisatrice, empêche "Straight white men" d’être un spectacle ouvert, quand bien même le quatuor se révèle attachant.
Contradiction tenace dans une pièce qui, en se voulant au départ critique, finit par enfermer ses personnages dans un discours verrouillé.
 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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