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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 16:38

 

 

 

 

 

Les particules élémentaires

D’après le roman de Michel Houellebecq

Mise en scène de Julien Gosselin

 

Avec Guillaume Bachelé, Marine De Missolz, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Alexandre Lecroc, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Tiphaine Raffier


 On ne s’étendra pas ici sur le texte de Michel Houellebecq, dont Julien Gosselin livre une adaptation, celui-ci n’ayant pas été lu. Le plus célèbre texte de l’écrivain controversé, en connaissant l’honneur des planches, ravive son caractère sulfureux, quand on en connaît l’argument principal : l’itinéraire de deux demi-frères, Michel et Bruno, aux caractères pour le moins antithétiques : quand l’un se signale par une sécheresse affective, se consacrant à ses recherches scientifiques, la vie de l’autre, obsédé par le sexe, toujours en quête d’une satisfaction supplémentaire, le conduit dans une impasse pathétique.

 On aura beau ne pas connaître le texte de Houellebecq, ce qui importe, évidemment, c’est comment, dans l’adaptation de Julien Gosselin, celui-ci fait théâtre. Pour autant, le jeune metteur en scène n'opte en rien pour un collage chaotique des "Particules élémentaires" : beaucoup de chapitres sont présentés par des personnages, brandissant une pancarte en se déplaçant sur la scène, comme si l’on était sur un ring. C’est déjà l’une des métaphores de cette pièce : la scène est un ring où les personnages vont se débattre, mais surtout contre eux-mêmes. Et comme Julien Gosselin tient à révéler les différentes lignes narratives du texte de Houellebecq, il va user de  procédés divers pour en faire surgir les linéaments : textes apparaissant en fond de scène, narration faite par les comédiens (redoublées en vidéo), rendant aussi bien compte de l’approche philosophique, sociologique, que scientifique de ces "Particules…".

 Présence du texte, donné sous des coutures diverses pour en faire sortir les reliefs donc, mais qui n’est pas pour autant destinée à révéler une crainte d’échapper à la nature de ce qui y est développé. Julien Gosselin s’offre au contraire beaucoup plus de liberté, avec un texte dont l’essentiel ne s’appuie pas sur des dialogues. Cela passe par une présence des corps des comédiens hors de tout réalisme : au départ, on voit principalement sur scène les deux frères, un narrateur, soutenu par une femme parlant en anglais. Tout autour, comme extérieurs au propos, en prolongeant le statut du spectateur, les autres comédiens sont répartis sur des chaises, dans des fauteuils, occupés à des tâches sommaires, comme dans un état de vacance qui friserait l’ennui. On sent pointer, à travers cette disponibilité, un art de la performance. Quant à l'usage abondant du micro (comme dans la pièce de Vincent Macaigne) il renforce l'idée que la parole est envisagée surtout comme une adresse, principalement au spectateur.

 Ce dispositif a ici ceci de surprenant qu’il évoque aussi l’approche scénique de certains chorégraphes. On pense par exemple à Anne Teresa De Keersmaeker qui dans "In real time" (2000), l’une de ses œuvres majeures, faisait entrer progressivement ses danseurs sur scène. Ce procédé est devenu plus usuel aujourd’hui, mais avec "Les particules élémentaires", il contient un charme particulier, lié à la façon dont les comédiens habitent peu à peu leur rôle, mais surtout faisant preuve d’une plasticité étonnante, puisque la plupart jouent plusieurs rôles.

 Cela donne au spectacle l’impression d’une mise en scène "work in progress", ou chaque avancée de personnage contient à la fois la surprise et le danger d’une incarnation. Quand par exemple apparaît la comédienne jouant la mère débraillée de Bruno (excellente), le son de sa voix, si particulier, grave, comme amplifié, crée un trouble dans l’appréhension de son jeu. Trouble qu’on n’arrivera pas à résoudre, tant, dans les différentes postures ou rôles qu’elle adoptera, on n’arrivera jamais à savoir ce qui se rapproche le plus d’une quelconque vérité dans le jeu.

 Cette mobilité dans l’interprétation, c’est par exemple Guillaume Bachelé qui l’offre. A la fois compositeur de la musique originale (qu’il joue par ailleurs sur scène, à la guitare), il se glisse dans le personnage loufoque d’un professeur de gymnastique dans une scène désopilante. En se taillant dans ces rôles divers, les comédiens montrent l’excellence de leur interprétation. Jeunes, ils arrivent, par leur engagement, à insuffler au texte de Houellebecq une vie qu’il n’aurait pas, tant sa noirceur a de quoi faire douter sur la confiance que l’on peut avoir en l’homme.
   

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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